C’est l’histoire d’un étudiant

Je vais vous raconter une histoire.

Imaginez que vous êtes dans la peau d’un jeune diplômé universitaire tout frais moulu.

Vous avez travaillé dur, sacrifié des heures de votre temps à apprendre, écrire, réviser, faire des fiches, stabiloter.

Vous avez mis votre vie sociale de côté parce que vous aviez décidé de mettre toutes les chances de votre côté pour obtenir le fameux sésame : votre diplôme.

Ce diplôme, vous vous en faisiez votre Saint-Graal, votre passeport vers l’autonomie et l’emploi, certifiant que vous pouviez prouver que vous aviez les épaules suffisamment solides pour faire face au marché du travail.

Vous avez tenu, avez persévéré malgré quelques échecs et périodes de doute.

Et finalement, une fois les examens écrits et oraux passés dans un état de stress ultime, vous attendez encore les résultats.

Les jours, mois et semaines passent.

Une tension interne va crescendo.

Vous tenez difficilement en place et n’hésitez pas à consulter dix fois par jour le site internet de votre université pour savoir si les résultats ont été publiés.

Et un jour, généralement le vendredi après-midi, vous en prenez connaissance.

Un bonheur immense vous traverse, comme la fois où vous avez eu votre baccalauréat.

Ça y est, vous avez obtenu ce que vous vouliez.

Et maintenant ?

Les problèmes sérieux arrivent au moment où l’on se pose cette inévitable question.

Faire des études est une chose.

Savoir pourquoi on les fait en est une autre.

Beaucoup se cassent les dents une fois leur bac+5 en Archéologie, Langues et autres.

Car, il faut le reconnaître, bien sûr, l monde a besoin d’archéologues ultra motivés, mais pas autant qu’on en forme chaque année.

Certains restent alors sur le carreau.

On se pose alors beaucoup de questions.

Cette situation est en fait la mienne, ainsi que celle de beaucoup d’autres aujourd’hui.

J’ai 24 ans, une Licence générale de Géographie et une Licence Professionnelle en Aménagement des Territoires Urbains.

Et je suis à peu près dans cette situation, bien que j’ai terminé mes études en septembre 2016.

Il est peut-être un peu tôt pour juger du fait que mon secteur n’embauche pas.

N’empêche que cela fait un bon moment que je parcoure les sites d’emploi en lien avec mon parcours.

Pour faire court, ma Licence de Géo, niveau employabilité c’est nada, nicht, zéro.

Pas d’expérience professionnelle liée, des compétences que tout universitaire est censé avoir au final (écrire et s’exprimer correctement, dans un bon français si possible)

Au mieux, et c’est déjà bien, une Licence générale vous autorise à poursuivre vos études générales, si vous savez vers quoi vous voulez aller. On peut aller très loin comme ça, jusqu’au Doctorat !

Conscient de cette situation et ne souhaitant pas faire un Master, j’ai choisi de faire une Licence Professionnelle qui a un lien certain avec la Géographie.

J’ai donc suivi une formation courte d’un an en Urbanisme, avec un stage de 4 mois pour avoir un peu d’expérience à valoriser par la suite.

Et aujourd’hui, je me rends compte que c’était pas suffisant.

Ça n’est jamais suffisant.

Les entreprises demandent encore et toujours plus de la part des candidats potentiels : avoir un bac + 10 multi-compétences, avoir de vraies expériences significatives (je rappelle que vous sortez de l fac), savoir parler anglais comme si c’était votre langue maternelle(alors que vous détestiez l’anglais), maîtriser toutes les technologies informatiques (alors que vous souhaitez préserver au maximum une qualité de vie saine), avoir un permis de conduire (parce que vous avez 1500 € à sortir), accepter des horaires décalés et un lieu de travail à deux heures de chez vous (parce que vous devez vous dévouer à votre travail, le reste importe peu et vous aimez les bouchons et incidents sur le RER).

Et tout cela, payé au SMIC, enfin… Au début, qu’on vous dira pour vous rassurer, parce qu’il faut bien commencer petit comme on vous a toujours dit.

Les moutons à cinq pattes polyglottes sont devenus une espèce recherchée on dirait.

On peut accepter certaines conditions difficiles, oui.

C’est le cumul qui devient pénible.

Tout ça pour dire que l’on vous dit depuis tout jeune :

« Fais de bonnes études pour avoir un bon métier ».

Je ne pense pas qu’il y ait de mauvaises études à (pour)suivre, du moment que l’on souhaite les faire.

C’est la suite du processus qui pose problème, sur lequel l’individu n’a pas de levier d’action.

A moins d’avoir les moyens, les compétences et le réseau pour monter son entreprise, l’étudiant fraîchement moulu lambda qui veut travailler doit se dire qu’il va en chier pour un emploi stable et en accord avec ses valeurs.

Je me sens souvent désabusé, comme si tous ces efforts consentis n’avaient servis à pas grand-chose.

Peut-être que je cherche mal.

Peut-être n’ai-je pas les compétences recherchées.

Mais je ne me laisse pas abattre.

Je travaille de mon côté pour que mes efforts paient.

Et ils paieront, à un moment ou un autre.

Publicités