Détricotage sociologique

J’ai déjà dit qu’Internet était formidable, on y trouve de tout et de rien, le meilleur comme le pire.

Vous et moi avons je suis sûr une checklist de nos sites/blogs préférés où l’on se rend religieusement presque chaque jour, sinon plusieurs fois.

Pourtant, des sites qu’il vous arrivait de fréquenter ne le sont plus, et pourtant leur professionnalisme n’est plus à démontrer.

C’est le cas pour ma part avec Reflets.info

Un article à mi-chemin entre critique politique et constat sociologique a suscité en moi en regain d’intérêt pour celui-ci.

Intitulé La France des téléviseurs sur le buffet, son auteur s’attaque de front aux acteurs des médias et aux politiques, plus particulièrement à ce cher petit écran et à ce fameux parti xénophobe bien connu de tous désormais et bien trop présent dans la vie publique.

L’auteur est clairvoyant et limpide dans ses propos. Il parvient à condenser l’essentiel des problèmes (économiques, sociaux, professionnels…) qui touchent un espace géographique en marge (le monde rural) et une population sur laquelle les médias font mine d’en savoir des tonnes (les ruraux en difficulté), ce qui n’est pas (et ne peut être) le cas.

Des géographes-journalistes ou inversement c’est selon… et pas que des bons au passage comme les très médiatisés Jacques Lévy et Christophe Guillluy, qui, de mémoire de mes années fac (y a donc quelques mois), se permettent encore aujourd’hui de nous étaler leur pseudo-méthode scientifico-électorale arbitraire du gradient d’urbanité sur des portions d’espaces géographiques limités et bien choisis, faisant de cas particuliers des généralités à l’échelle du pays. Fallait oser, mais ils l’ont fait et le font encore.

Faudrait peut-être rappeler à ces gens là que la géographie prend en compte à la fois l’espace et les sociétés dans leur ensemble, qu’on ne dissocie pas un territoire de sa population et donc d’un ensemble de variables sur lesquelles on ne peut influer.

Mais bon, c’est pas un petit jeunot comme moi qui vais leur faire la morale hein.

C’est ainsi que dans vos grands quotidiens nationaux, et plus encore en période électorale comme en ce moment, vous pouvez y trouver de jolies cartes de France avec pleins de bons gros cercles colorés, si gros qu’ils en deviendraient méchants que tous ceux qui les verront sont tout de suite censés comprendre le message (simpliste, réducteur sinon discriminant) qu’on veut leur faire passer, du style, allez soyons fou c’est lundi :

Dans le Nord vous voyez là y a beaucoup de chômeurs donc beaucoup de pauvres, et ces pauvres là bah vous voyez qu’en fait ils votent surtout en faveur d’un parti d’extrême droite, et c’est terrible pour la démocratie, vous voyez ? C’est pas moi qui le dit, ce sont les chiffres.

Non.

La dimension spatiale des réalités électorales est beaucoup plus complexe.

Bref, revenons à notre article de Reflets.info parce que sinon vous aurez quitté cette page avant d’avoir lu ce que j’avais à dire.

Certes l’article a un léger relent contestataire à s’en demander si l’auteur lui-même n’est pas victime du processus qu’il décrit. Mais qu’importe, il expose en quelques phrases le lent et silencieux délitement socio-économique qui touche le monde rural vidé lui aussi, petit à petit de ses lieux de sociabilité.

Juste un petit détour et promis je ne le fais plus, j’avais lu y a un an ou deux un article sociologique révélateur de cette situation, écrit par Patrick Champagne où il expliquait pour résumer que c’était la disparition des emplois industriels et des lieux de convivialité comme le bistrot du coin qui ont provoqué la montée du vote vers les extrêmes.

Fin de mon énième parenthèse.

Dans cette situation, où le vide s’impose car il finit par être subi plutôt que choisi, il nous reste notre fameux téléviseur et ses programmes de qualité de merde qui nous déballe bruyamment et perpétuellement un discours lénifiant et négatif sur l’état de notre beau pays. Bien sûr on fera en sorte de proposer au téléspectateur ce qu’il veut entendre pour le conforter sur ses positions. Hors de question de lui montrer des alternatives, du moins positives, histoire qu’ils se mettent pas à réfléchir.

Et pourtant, la remise en question serait la bienvenue et pourrait apporter une ou des solution(s).

Car c’est pas en restant accroché au petit écran que ces gens là vont s’en sortir.

Prendre son destin en main c’est passer à l’action, même si c’est difficile au début.

Rester passif c’est laisser les autres décider pour soi.

Je vous invite à lire l’article dans son intégralité, car il y aborde bien d’autres aspects qui ont une pertinence sans égal.

 

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4 commentaires sur « Détricotage sociologique »

  1. A un moment j’ai perdu le fil… Et je ne vais plus sur reflets depuis 4 ans justement pour ce problème de caste journalistique qui finit par tuer le métier et donc de faire aussi ce qu’ils dénoncent ici.

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  2. Pourtant les arguments sont cohérents, du moins pour les lecteurs déjà convaincus que les médias et les politiques les prennent pour des billes. Après, faut toujours prendre un certain recul, ce n’est qu’une opinion parmi d’autres, à chacun de se faire son propre avis par rapport à ses convictions et son expérience de vie.

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  3. Tout à fait, et alors que le petit monde de la recherche est plutôt partisan d’un certain empirisme (soumis à réfutation ultérieure), nombreux sont ces sois-disant « experts » se permettant de blatérer un bon gros paquet d’âneries consensuelles… qui, à y regarder de plus près sont dans le sillage des politiques publiques.

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